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COLLECTE DE DONNÉES D’APPRENTISSAGE

QUELLES PRATIQUES DES FOURNISSEURS DE RESSOURCES

Novembre 2021

Solène Zablot, Khansa Ghabara, Éric Bruillard Université de Paris, EDA, F-75006 Paris, France et ARIPEF

Les données d’apprentissage correspondent aux traces d’activité laissées par les élèves au cours de l’utilisation des différents didacticiels et aux réactions de ces derniers (productions réalisées, temps passé, score obtenu, succès, échec, degré d’achèvement, erreurs commises, etc.). Leur exploitation est mise au service de l’interprétation des apprentissages et leur utilisation est recommandée (voir MENJ, 2018 et le rapport de Cédric Villani, 2018).

Cependant, il n’y a pas d’étude récente sur ce type de données et sur les plateformes offrant des services éducatifs dans l’enseignement scolaire français ; c’est pourquoi, l’association ARIPEF a lancé avec le laboratoire EDA une étude pour faire le point auprès des acteurs principaux du numérique éducatif en France (éditeurs scolaires, collectifs enseignants producteurs de ressources, entreprises EdTech).

Cette étude articule une analyse de sites web d’offreurs de ressources (N=21) ; des tests des services proposés (étude des tableaux de bord et des informations transmises et suivis de parcours) ; des entretiens semi-directifs, menés à distance, auprès de 10 entreprises. L’échantillon étudié, sans être représentatif, a été constitué en vue de rendre compte de la diversité des logiques de conception et de positionnement.

Le domaine de l’offre de ressources en restructuration

Un premier constat a trait à la notion de données d’apprentissage : elle est assez mal partagée. Les interlocuteurs centrent essentiellement leur discours sur les difficultés de fonctionnement liées à l’utilisation des données personnelles (RGPD, anonymisation, durée de conservation).

Le paysage de l’offre de ressources est actuellement en recomposition avec des entreprises qui évoluent des contenus vers les services (typiquement les éditeurs scolaires), et celles qui font le trajet inverse, c’est-à-dire disposant de plates-formes de services et allant vers la mise à disposition de contenus. Cela conduit à des catégories d’offres perméables, dépendantes des évolutions des entreprises et de leur marché autour de banques ou plateformes à destination des enseignants, de plateformes d’apprentissage pour les élèves, d’offres de prestations techniques pour ces plateformes (pour la collecte et l’exploitation de données) et quelques nouveaux services pour le scolaire.

Peu de collecte de données « élèves » et peu de traitements sophistiqués

Pour la plupart des fournisseurs de ressources, peu des données « élèves » sont collectées et ce sont toujours les mêmes : données d’identité (civilité, nom, prénom, identifiant, …) et données de scolarité (division (classe), groupe, degré d’enseignement, cycle, etc.). Quant aux données d’apprentissage, les plates-formes collectent, pour la plupart, le score obtenu par l’élève à chaque activité, le temps passé et calculent des indicateurs de progression

(sous la forme de pourcentage, de badges ou de points obtenus). Aucune trace d’activité n’est collectée. Peu de traitements sont réalisés; les données sont exploitéesessentiellement, pour recommander du contenu sur la base de la mesure du degré de maitrise d’une règle donnée, et les données recueillies ne sont pas suffisantes pour élaborer des profils approfondis des apprenants.

Quant aux normes, le modèle de SCORM est jugé pauvre : il est utilisé par souci de compatibilité avec d’autres plateformes ou de conformité avec les exigences des appels d’offres. xAPI est également cité, mais son vocabulaire est jugé insuffisant. L’utilisation des outils d’analyse web reste mineure et centrée sur la mesure d’audience, non personnelle et non associée au processus d’apprentissage. Le GAR (gestionnaire d’accès aux ressources) suscite des réactions très contrastées.

Des tableaux de bord proposent aux enseignants le choix de fonctionnalités de remédiation, d’autres se contentent de fournir des tests de positionnement en début de parcours puis offrent aux enseignants ou aux parents la consultation des activités réalisées par les élèves, et leur progression.

S’agissant de l’utilisation de techniques d’intelligence artificielle, elle est, pour le moment, très marginale, l’effort nécessaire pour produire des systèmes innovants y est très important, sans certitude de retour rapide sur investissement.

La question de la place de l’enseignant est centrale

Les différentes entités investiguées, quelle que soit leur taille ne collectent et ne traitent pas de masses importantes de données d’apprentissage. Dans le cadre scolaire, les données d’identité étendues, pour la plupart gérées au sein des établissements scolaires, sont largement suffisantes : classe/ groupe. Elles permettent d’avoir les normes attendues (référentiel scolaire). Conserver les résultats obtenus et le temps passé semblent suffisants pour assurer la gestion des apprentissages au cours d’une année scolaire (compatible avec les contraintes RGPD, pour permettre la mise en œuvre du « droit à l’oubli »).

Les enseignants, pour les entités interrogées, restent les organisateurs et décideurs locaux de l’enseignement et des activités menées par les élèves. Certains suggèrent qu’un recours plus important à l’exploitation des données nécessiterait un changement des règles traditionnelles du métier, ce qui pose des questions délicates et ne peut s’accomplir que dans la durée.

Deux recommandations sont proposées : (1) former les enseignants à la gestion et à l’utilisation de données d’apprentissage, (2) doter les établissements scolaires de moyens afin de disposer d’une personne chargée de la gestion des données scolaires et d’apprentissage : de leur recueil, de leur structuration, d’une partie de leur analyse et de l’alimentation des tableaux de bord pour les enseignants.

Enfin, la gestion des données d’apprentissage n’est pas une nécessité qui s’imposerait à tous. Diversifier les activités, multiplier les types de ressources et de supports de ressources sont tout aussi importants, voire plus. A la mise à disposition de contenus, activité historiquement assurée par les éditeurs scolaires, s’ajoutent des offres de services aux personnes et aux établissements. Comment vont s’articuler ces deux activités ? Qui va les assurer, avec quelles évolutions du métier d’enseignant ?

Téléchargez le rapport “Collecte de données d’apprentissage : Quelles pratiques des fournisseurs de ressources ?”

The Effects of Digitalization on Education

The book co-directed by G-L Baron and C. Depover has just been published by Presses du Septentrion.

It aims at taking stock of what digital technology has changed and has made possible when it comes to education, but it also sheds light on how and why it has sometimes been deemed invasive.

The first part offers an analytical framework and historical landmarks. Renowned specialists then offer thematic summaries related to formal and informal education, schools and companies, developed or developing countries.

Baron, G.-L., & Depover, C. (Éd.). (2019). Quels effets pour le numérique en éducation  ? Regards sur une saga contemporaine. Lille France : Presses Universitaires du Septentrion

Digital Technology: An Opportunity for Education

This book offers a summary of the situation in France and clues to make the most of digital technology in education.