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VIENT DE PARAÎTRE

L’école digitale

Une éducation à construire et à vivre

Joël Boissière, Eric Bruillard

La pandémie de la Covid-19 a fait subir un choc sans précédent aux systèmes éducatifs. Une école digitale s’est alors imposée à tous quand elle était possible. Plus rien ne sera pareil après cette crise qui a été un véritable accélérateur. Elle a notamment montré à la fois la nécessité d’avoir une école digitale de bon niveau pour tous – ce qui n’a pas été souvent pas le cas – et en même temps les ravages du distanciel quand il n’est pas maîtrisé. Cette expérience très particulière que toutes les communautés éducatives ont vécue appelle à repenser les liens entre éducation et numérique.

Les auteurs font un large tour d’horizon des changements que le numérique amène pour toutes les éducations mais appellent aussi à prendre du recul par rapport au diktat de la nouveauté. Ils invitent enfin le lecteur à comprendre les défis qui sont devant nous pour qu’il puisse prendre part aux débats qui s’annoncent.

« Par la complexité et la technicité qu’il assume, par le vaste panorama qu’il offre, par le recul historique qu’il emprunte chaque fois que nécessaire, par les questions qu’il pose et qu’il s’autorise parfois à laisser ouvertes, l’ouvrage de Joël Boissière et Eric Bruillard représente un matériau indispensable à qui souhaite analyser cette évolution avec le niveau d’exigence qu’elle mérite. »

Henri VERDIER, ambassadeur pour les affaires numériques « Préface ».





COLLECTE DE DONNÉES D’APPRENTISSAGE

QUELLES PRATIQUES DES FOURNISSEURS DE RESSOURCES ?

Novembre 2021

Solène Zablot, Khansa Ghabara, Éric Bruillard – Université de Paris, EDA, F-75006 Paris, France et ARIPEF

Résumé

Les données d’apprentissage correspondent aux traces d’activité laissées par les élèves au cours de l’utilisation des différents didacticiels et aux réactions de ces derniers (productions réalisées, temps passé, score obtenu, succès, échec, degré d’achèvement, erreurs commises, etc.). Leur exploitation est mise au service de l’interprétation des apprentissages et leur utilisation est recommandée (voir MENJS, 2018 et le rapport de Cédric Villani, 2018).

Cependant, il n’y a pas d’étude récente sur ce type de données et sur les plateformes offrant des services éducatifs dans l’enseignement scolaire français ; c’est pourquoi, l’association ARIPEF a lancé avec le laboratoire EDA une étude pour faire le point auprès des acteurs principaux du numérique éducatif en France (éditeurs scolaires, collectifs enseignants producteurs de ressources, entreprises EdTech).

Cette étude articule une analyse de sites web d’offreurs de ressources (N=21) ; des tests des services proposés (étude des tableaux de bord et des informations transmises et suivis de parcours) ; des entretiens semi-directifs, menés à distance, auprès de 10 entreprises. L’échantillon étudié, sans être représentatif, a été constitué en vue de rendre compte de la diversité des logiques de conception et de positionnement.

Le domaine de l’offre de ressources en restructuration

Un premier constat a trait à la notion de données d’apprentissage : elle est assez mal partagée. Les interlocuteurs centrent essentiellement leur discours sur les difficultés de fonctionnement liées à l’utilisation des données personnelles (RGPD, anonymisation, durée de conservation).

Le paysage de l’offre de ressources est actuellement en recomposition avec des entreprises qui évoluent des contenus vers les services (typiquement les éditeurs scolaires), et celles qui font le trajet inverse, c’est-à-dire disposant de plates-formes de services et allant vers la mise à disposition de contenus. Cela conduit à des catégories d’offres perméables, dépendantes des évolutions des entreprises et de leur marché autour de banques ou plateformes à destination des enseignants, de plateformes d’apprentissage pour les élèves, d’offres de prestations techniques pour ces plateformes (pour la collecte et l’exploitation de données) et quelques nouveaux services pour le scolaire.

Peu de collecte de données « élèves » et peu de traitements sophistiqués

Pour la plupart des fournisseurs de ressources, peu des données « élèves » sont collectées et ce sont toujours les mêmes : données d’identité (civilité, nom, prénom, identifiant, …) et données de scolarité (division (classe), groupe, degré d’enseignement, cycle, etc.). Quant aux données d’apprentissage, les plates-formes collectent, pour la plupart, le score obtenu par l’élève à chaque activité, le temps passé et calculent des indicateurs de progression (sous la forme de pourcentage, de badges ou de points obtenus). Aucune trace d’activité n’est collectée. Peu de traitements sont réalisés; les données sont exploitéesessentiellement, pour recommander du contenu sur la base de la mesure du degré de maitrise d’une règle donnée, et les données recueillies ne sont pas suffisantes pour élaborer des profils approfondis des apprenants.

Quant aux normes, le modèle de SCORM est jugé pauvre : il est utilisé par souci de compatibilité avec d’autres plateformes ou de conformité avec les exigences des appels d’offres. xAPI est également cité, mais son vocabulaire est jugé insuffisant. L’utilisation des outils d’analyse web reste mineure et centrée sur la mesure d’audience, non personnelle et non associée au processus d’apprentissage. Le GAR (gestionnaire d’accès aux ressources) suscite des réactions très contrastées.

Des tableaux de bord proposent aux enseignants le choix de fonctionnalités de remédiation, d’autres se contentent de fournir des tests de positionnement en début de parcours puis offrent aux enseignants ou aux parents la consultation des activités réalisées par les élèves, et leur progression.

S’agissant de l’utilisation de techniques d’intelligence artificielle, elle est, pour le moment, très marginale, l’effort nécessaire pour produire des systèmes innovants y est très important, sans certitude de retour rapide sur investissement.

La question de la place de l’enseignant est centrale

Les différentes entités investiguées, quelle que soit leur taille ne collectent et ne traitent pas de masses importantes de données d’apprentissage. Dans le cadre scolaire, les données d’identité étendues, pour la plupart gérées au sein des établissements scolaires, sont largement suffisantes : classe/ groupe. Elles permettent d’avoir les normes attendues (référentiel scolaire). Conserver les résultats obtenus et le temps passé semblent suffisants pour assurer la gestion des apprentissages au cours d’une année scolaire (compatible avec les contraintes RGPD, pour permettre la mise en œuvre du « droit à l’oubli »).

Les enseignants, pour les entités interrogées, restent les organisateurs et décideurs locaux de l’enseignement et des activités menées par les élèves. Certains suggèrent qu’un recours plus important à l’exploitation des données nécessiterait un changement des règles traditionnelles du métier, ce qui pose des questions délicates et ne peut s’accomplir que dans la durée.

Deux recommandations sont proposées : (1) former les enseignants à la gestion et à l’utilisation de données d’apprentissage, (2) doter les établissements scolaires de moyens afin de disposer d’une personne chargée de la gestion des données scolaires et d’apprentissage : de leur recueil, de leur structuration, d’une partie de leur analyse et de l’alimentation des tableaux de bord pour les enseignants.

Enfin, la gestion des données d’apprentissage n’est pas une nécessité qui s’imposerait à tous. Diversifier les activités, multiplier les types de ressources et de supports de ressources sont tout aussi importants, voire plus. A la mise à disposition de contenus, activité historiquement assurée par les éditeurs scolaires, s’ajoutent des offres de services aux personnes et aux établissements. Comment vont s’articuler ces deux activités ? Qui va les assurer, avec quelles évolutions du métier d’enseignant ?

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Les effets du numérique sur l’éducation. Regards sur une saga contemporaine

Cet ouvrage, co-dirigé par G-L Baron et C. Depover, vient de paraître aux presses du Septentrion.

Il aborde cette question sous l’angle de l’analyse des effets exercés sur les apprentissages, sur le fonctionnement des écoles et sur les milieux professionnels.

L’ambition a non seulement été de faire le point sur ce que le numérique a changé et ce qu’il a rendu possible, mais aussi sur ce qu’il a pu contrarier par sa présence jugée parfois envahissante.

La première partie propose un cadre d’analyse et des repères historiques. Des spécialistes reconnus présentent ensuite des synthèses thématiques concernant aussi bien l’éducation formelle que l’éducation informelle, le milieu scolaire que l’entreprise, les pays développés ou les pays du Sud.

Baron, G.-L., & Depover, C. (Éd.). (2019). Quels effets pour le numérique en éducation  ? Regards sur une saga contemporaine. Lille France : Presses Universitaires du Septentrion.





Le Numérique : Une chance pour l’école

Quelles seront les prochaines étapes du numérique dans l’enseignement ? Ce livre est une synthèse sur la situation française. Face à ce qui pourrait être perçu comme une frénésie, il ne s’agit ni d’entretenir la fascination, ni d’effrayer en développant le sentiment que nous ne pourrions rien faire. Cette voie invite à s’emparer du numérique dans l’enseignement.